Aux origines du jazz, l'Afrique.
L'Afrique et ses chants d'esclaves.
Inscrite dans les fibres et le coeur de Jacques Ponzio, l'Afrique, encore, où il vécut et dont les musiques accompagnèrent sa formation de musicien et de jazzman.

Ce métissage est l'essence d'Africa Jazz Experience, où sonorités personnelles, musiques pimentées d'influences parfaitement assimilées (jazz Hot, Guy Reynard) sont réinventées.

Musique festive et exigeante, musique de sensations, de souvenirs, musique pour rêveurs de voyages, Africa Jazz Experience réunit les 6 musiciens d' Africa Express et leurs invités, Dominique Bouzon, Olivier Lagodski, et la comédienne Atsama Lafosse pour un concert exceptionnel ourlé de textes et de récits qui ajouteront à l'envoûtement musical.

En scène ce 6 Juin
Dominique Bouzon, flûte
Thierry Maucci, saxophone
Alain Venditti, saxophone
Olivier Lagodski, trombone
Patrick Gavard-Bondet, guitare
Pierre Fenichel, contrebasse
Nicolas Aureille, batterie
Jacques Ponzio, piano, compositions
Atsama Lafosse, voix, récits.
Avec la participation de Muriel Braconnier, voix.




Les répétitions


23.05.2009 Jacques Ponzio

SE DOCUMENTER

Quelques infos sur les artistes

Dominique Bouzon, flûte.
Née à Bagnols sur Cèze dans le Gard, elle fit ses premières études musicales dans la classe de flûte de Gérard Garçin puis obtint une Médaille d’or de Jazz dans la classe de Guy Longnon au CNR de Marseille.
Son parcours l’a amenée à jouer dans de nombreuses formations autour du monde ainsi qu’à participer à plusieurs disques. En 2003, son premier disque en solo et en leader « La Traversée » obtint plusieurs distinctions dans la presse : « Disque élu » Citizen jazz, « Disque d’émoi » Jazz magazine, « Sélection » Jazz Hot. « Jour », son deuxième disque en solo a reçu trois étoiles dans le magazine « Jazzman ».
Elle se produit en duo avec le guitariste Paul Pioli, et dirige son propre quartet, dont elle a écrit entièrement le répertoire.
On la retrouve aussi au théâtre de la Minoterie, puisqu'elle réalise des musiques de scène, et à la radio, ayant fait partie de l'émission mythique Black and Blue d’ Alain Gerber sur France Culture, pendant plusieurs années.
Invitée à participer à plusieurs concerts d’Africa Express depuis 2006, elle y apporte un souffle de poésie apprécié par tous.

Atsama Lafosse,comédienne et chanteuse.
Elle a suivi une formation théâtrale dès le lycée à Toulouse avec Jean Claude Bastos, puis à l'Université de Provence à Aix avec Danièle Bré, Dominique Collignon Maurin, et Marie Vayssière. Elle entre ensuite à l' École Supérieure du Théâtre National de Bretagne à Rennes, où elle travaille, entre autres, avec Claude Regy, Gildas Millin, Jean-Paul Wenzel, Jean-Louis Hourdin, Jean- François Sivadier, André Marcovitch.
Puis, elle joue et chante dans les spectacles de Hélène Vincent, Matthias Langhoff au Burkina Faso, François Verret (avec le percussionniste Jean-Pierre Drouet) et de Giancarlo Cobelli et Giovanna Marini (en langue italienne), tournée en Italie.
Elle est mime dans deux opéras : l’Italienne à Alger, G. Rossini, mise en scène Toni Servillo (Festival lyrique, Aix) et Don Giovanni, A. Mozart, mise en scène Michael Haneke (Opéra Garnier).
Plus récemment, elle est auteur, metteur en scène et interprète dans plusieurs spectacles alliant le théâtre et le chant : Femmes athlètes, Du plus petit au plus grand, Gloutons, (festival Fuveau), De la Terre aux Étoiles… (théâtre Massalia).
Avec Christian Bon, elle poursuit sa formation de chanteuse à la cité de la musique où elle rencontre Jacques Ponzio compositeur et interprète du groupe « AFRICA EXPRESS ».

Patrick Gavard-Bondet, guitare
Médaille d’or classe de jazz au conservatoire de région
Accompagnateur et arrangeur
Compositeur de la musique de deux documentaires « Mères amères », et « impression de voyage » (1196 et 1997) et du film « des enfants dans les arbres »(2008) de Bania Medjbar.
Participe à diverses formations de jazz, notamment Robin Nicaise sextet (disque « Lumière »), Africa Express (disque Emergence)
Formateur de pratique musicale
Pratique d’instruments du monde (Vietnam, Inde, Afrique)

Thierry Maucci, sax tenor soprano
Passionné par l'écriture et la genèse des formes, je me défie des automatismes qui peuvent affecter l'improvisation, en l'asservissant à des codes ambiants. Je recherche un type d'intériorité issu des arts martiaux, qui donne la faculté d'atteindre une intensité profonde et immédiate. L'invention est dans la densité, l'intensité, et l'énergie vibrante, communicative, qu'elle soit subtile ou dévastatrice. Le son est le résultat d'une création personnelle, il pourrait être cette empreinte entre le moi, notre intimité et notre rapport au monde.
T. Maucci

Nicolas Aureille, batterie
Influencé très tôt par les maîtres de la batterie moderne que sont Art Blakey, Elvin Jones, Tony Williams, ce percussionniste a été élevé au son des tambours africains. Sa rencontre avec Antoine Lisolo consolide sa passion pour le jazz et la polyrythmie.
Diplômé du Conservatoire National de Marseille, il participe aux projets de nombreuses formations jazz et musique improvisée - SNS Trio, Dixicat Band, Yades Quartet, Duos fougueux et rageurs avec Alain Venditti.
Avec Alain, il est le plus ancien membre d'Africa Express qu'il a contribué à maintenir au long des années.

Pierre Fenichel, contrebasse
Commence la musique en autodidacte. Il se forme au CNR de Marseille dans la classe de jazz et ainsi que dans la classe d’électro-acoustique.
Il accompagne divers musiciens de jazz de la région Raphael Imbert, Henri Florens,, Benoît Paillard, Perrine Mansuy, Rober Petinelli, , Paul Pioli….Enregistre plusieurs projets notamment : « strings of consciousness », « Cotton candies », « Two heads on » … et compose des musiques pour des expo photo (André Mérian « the statement »).
Il travaille par ailleurs avec le marionnettiste Massimo Schuster. Participe à plusieurs créations : Festival International du Cinéma d'Aubagne, Farenji (ciné-concert autour de l’Ethiopie), tournée au Nigéria avec Asa-Sound prophetz (échange avec les musiciens traditionnels Yoruba), musique de chorégraphie « Tristan et Iseult » à St Pölten (Autriche), ABCDancecompagny (Nicolas Musin), de théâtre « I wish Iam » de Nora Granovky et de Gaston Braka (BVZK- lilles)….
Il crée « Cordialement votre » avec Massimo Schuster autour de Nietzsche et la musique.

Olivier "Map" Lagodski, trombone
Plutôt autodidacte, mais ayant recu des formations ouvertes (Centre de formation des musiciens intervenants Aix en Provence, classe de Jazz Conservatoire National de Région de Marseille); s'inspirant de l'improvisation, sa démarche est motivée par la rencontre des techniques, des styles, des genres, des arts.
En 1988, il traverse l'univers esthétique des mémoires croisées, des actions en ruptures du Théâtre de l'Arcane de Marseille, qui font toucher Art dramatique (influences Grotowski, Eugénio Barba) et création musicale appliquée à l'Art de la scène (Travail de co-improvisations avec les acteurs, découverte de l'acteur-musicien).
De cela, naît un ensemble de collaborations dont sept créations (89 c'est loin déjà, Zones barbares, J-3, Les jours que tu as oubliés, Apothéose), jusqu'à aujourd'hui: "Dernières Parades" 2003.
Désormais artistiquement animé par l'ouverture de ce passage entre réalité fantastique ou cauchemardesque, et rêve réalisé dans la résonance, il travaille sur les labos du Téatro Pazzo proposé par Patricia Koseleff (Lecoq, Kantor), ou les limites des codes du texte parlé côtoient celles de la phrase musicale. C'est sur ce schéma qu'il bâtit la musique de la Tragédie Les Choéphores (2001, Eschyle) et de « Y'a pas d'sous,pas d'soucis» de Patricia Koseleff .
Constamment, ses travaux abordent la question du sens attaché à l'organisation des événements sonores, que ce soit dans l'univers des contes des Troubadours du Soleil (1999), plastique de la DDD Compagnie(Marguerite Danguy des Déserts, depuis 1999 jusqu'à la Reine des Glaces 2005), ou de celui des Musiques en scènes des Voleurs d'eau (2000), Hemlé Orchestra, de la rue avec L'Orchestre de Chambre de Ville (2000), le Bal du Grand Bonheur (1998), le Cabaret pour toutes les Oreilles (1999), Trafalbar, Bricoramdam(2004), l'Envolée Cirque, Fred Guliani et Fred Frith (2004), Koeko cie (2005), Kamas et les Corbeaux, Africa Express, Ciné-concerts ADRC avec Mauro Coceano.

Alain Venditti, sax tenor
Niçois d'origine, marseillais d'adoption, jazzman coltranien de coeur, saxophoniste d'Africa Express de fidélité, il a été présent dès la fondation de ce groupe en 2002. Depuis lors, il a participé au saxophone ténor et au soprano aux grands concerts d'Africa Express : festival des Cinq Continents (2003), festival Charlie free (2004), poursuivant par ailleurs un chemin parallèle avec Yadès quartet.
Diplômé en jazz du conservatoire de Marseille, il a participé à la création de plusieurs formations en jazz (Crescent), musique improvisée (Bartolinsky), ou plus cosmopolites (Quelle mouche me pique), et donné plusieurs concerts en duo avec le batteur Nicolas Aureille au Portugal (2003).

Jacques Ponzio, piano, compositions
Passe sa jeunesse en Côte d'Ivoire où il rencontre Randy Weston, Duke Ellington et quelques autres en tournée africaine pour le Département d'État US. Fasciné par Thelonious Monk dans le film "Jazz on a Summer's Day", il lui consacrera une biographie largement appréciée. Joue avec Fax Clark et ses Rythmes du Cosmos à Adjamé. De retour en Europe, s'inscrit à la classe de Jazz de Guy Longnon, au CNR de Marseille, et Électro-acoustique de Marcel Frémiot. Bien des années plus tard, repris par la musique du Continent Noir, décide de former son groupe - Africa Express - pour jouer ses compositions.

Liens utiles
www.myspace.com/africaexpressmusic
www.ayamuzic.comc
www.quaibranly.fr


Les influences : Thelonious Monk, Abdullah Ibrahim, Eric Satie

Thelonious Monk
par Jacques Ponzio,extraits
Vers 1924, l'usage voulait que les filles étudient le piano, et les garçons, le violon ou la trompette, instruments considérés comme plus virils. Sa mère, Barbara, inscrit donc Thelonious chez un professeur de trompette, et ce sont les premières leçons, assez rébarbatives. Dans la salle d'attente du professeur, il y a un piano d'étude. Thelonious, attendant sa leçon, y tapote un petit air de sa composition. Intrigué, le professeur convoque Barbara, et lui conseille d'orienter le petit Thelonious vers le piano. Celle-ci l'inscrit donc chez monsieur Wolf pour deux leçons par semaine à soixante-quinze cents l'heure, et la musique devient la seule passion du jeune garçon. "En fait, en ce qui me concerne, je n'ai jamais eu besoin d'apprendre à jouer : il me semble que j'ai toujours su lire les notes et les traduire en sons. Ma soeur aînée, elle, a d'abord commencé par des leçons de solfège et moi, je lisais par dessus son épaule. Lorsque j'ai pris des leçons à mon tour, j'en savais suffisament pour pouvoir me débrouiller tout seul. Je n'ai jamais eu besoin d'apprendre à jouer, j'étais doué".
C'est âgé d'à peine dix ans que Thelonious prend sérieusement la décision de devenir musicien, et rien d'autre. Ce qui l'intéresse vraiment, c'est la beauté des sons, pas la technique et il veut jouer, tout de suite: en aucun cas il ne tient à s'embarrasser d'autres considérations. À douze ans, le jeune garçon se sent capable de tenir, le dimanche, le petit harmonium de la First Baptist Church, l'église de son quartier où il accompagne sa mère qui chante des cantiques. Il y fait montre d'une étonnante facilité à créer d'instinct un contrechant. Il faut dire qu'il est à bonne école avec ses camarades de classe, il écoute sur leurs phonographes les derniers disques 78 tours à la mode : du jazz, surtout au piano, du ragtime, du stride. Les rois de cette époque ont nom Fats Waller, James P. Johnson, Duke Ellington et Art Tatum.
Thelonious s'amuse à reproduire note pour note leurs solos, sur le petit piano familial, et y réussit fort bien, pour le plus grand plaisir de Barbara. Pendant ce temps, monsieur Wolf s'obstine à lui inculquer les bases du classique.
Littéralement emballée par tout ce qu'il fait, et sachant qu'il veut devenir musicien, Barbara le pousse dans cette voie. "Elle n'aurait pu songer un seul instant que je puisse devenir autre chose qu'un pianiste de jazz" confiera-t-il plus tard. Monk grandit "sans père" —celui-ci est retourné dans le sud pour y soigner une maladie grave alors que Thelonious n'avait pas six ans—, mais certainement pas sans mère. "Elle était de mon côté. Si je voulais devenir musicien professionnel, elle était tout à fait d'accord".
Peu à peu, très naturellement, il se met à jouer à la perfection tous les airs à la mode, et compose avec beaucoup d'aisance des thèmes qu'il improvise sans toutefois les confier au papier. "J'étais tellement fatigué des accords entiers de la musique religieuse que j'avais besoin d'entendre autre chose. C'est pourquoi j'inventais de nouvelles mélodies avec des accords inédits, sur des rythmes qui me venaient librement, sans y penser...".
Eglise et classique, Thelonious ne sait pas si cela l'a aidé ou au contraire... C'est lui-même qui demandera à sa mère de mettre fin à ces coûteuses et inutiles leçons. "J'ai appris, avec ce professeur, les accords et le doigté, et je considère ces bases comme nécessaires, naturellement, mais suffisantes".
Plus tard, entre 17 et 19 ans, ce qui est encore très jeune pour ce genre de travail, il fait partie d'une de ces troupes de gospel itinérantes comme il y en avait tant à l'époque. En cette compagnie, il va sillonner de long en large les Etats-Unis. Menée tambour battant par une étonnante prédicatrice-guérisseuse, la petite troupe porte la bonne parole, et probablement aussi quelques potions miracle, partout où cela est possible, à travers le Texas, l'Arkansas ou l'Oklahoma. "La musique que nous jouions se situait entre le Rock and Roll et le Rhythm and Blues. L'évangéliste faisait des sermons, elle chantait, et nous, nous étions quatre à l'accompagner : un trompettiste, un saxophoniste, un batteur et moi-même. Nous nous sommes produits partout, dans les grandes églises comme dans les plus petites. Les fidèles reprenaient en choeur les paroles de la prédicatrice et, quant à nous, nous mettions beaucoup d'ardeur à l'accompagner."
Il n'est évidemment pas question de répondre à la place de Thelonious pour savoir si ses "exercices spirituels", d'abord à l'Église Baptiste de sa mère puis en tournée l'ont formé, aidé ou déformé et handicapé. Ce qui est certain, c'est que de très nombreux musiciens de jazz parmi les plus grand font état de l'influence déterminante pour eux de ces années de formation au sein des communautés religieuses : travail régulier et assidu de l'instrument, apprentissage des thèmes, éducation de l'oreille, mise en place de l'accompagnement, improvisation au long cours aux moments d'extase, habitude de se rattraper sans laisser apparaître les fautes inévitables, jonglage avec les répons, développement d'un swing sans faille, maîtrise et dépassement progressif des procédés. Sur le plan du style, cette éducation à l'église donne souvent naissance à des cellules rythmiques et harmoniques qui se retrouvent dans le style funky. Tous ces éléments ne se laisseront pas oublier par Monk et on les retrouvera dans son jeu à chaque étape de sa vie active, jusqu'à la fin.
En dépit de son bref passage à Juilliard, qui n'est d'ailleurs pas attesté, il semble que Thelonious Monk connaissait assez peu la tradition européenne (à moins qu'il ne s'agisse encore ici de l'un de ses fameux masques). La "grande musique" subit en effet avec Monk un sort funeste. Lorsque Pearl Gonzales lui demande, en 1971, si un compositeur classique l'a particulièrement marqué, il répond, l'oeil lointain : "Je ne vois pas de quoi vous voulez parler..." La journaliste insiste : " Mais si, vous savez bien, des musiciens comme Bach ou Beethoven, par exemple..."
- Oui, maintenant je vois ce que vous voulez dire : Rachmaninoff, Stravinsky, des gars comme ça...
Puis, dans un grand éclat de rire :
- Ne mettez surtout pas ça dans votre article, j'ai cité ces noms au hasard, simplement parce que vous avez une magnifique veste rouge!
Il ajoute : "Mais les musiciens de jazz m'ont influencé. Tout le monde est influencé par n'importe qui mais on ne fait sien que ce qu'on ressent. Je n'ai jamais copié personne, juste joué de la musique."

Abdullah Ibrahim
De son vrai nom Adolph Johannes Brand, connu également sous le pseudonyme de Dollar Brand (d'une marque de cigarettes populaires), né en 1934 au Cap (Afrique du Sud), est un pianiste de jazz et compositeur sud-africain. Devenu Abdullah Ibrahim en 1968, Adolph Johannes "Dollar" Brand, classé « métis » par les lois de l'apartheid, est le plus célèbre des jazzmen sud-africains et sa musique reflète la complexité identitaire de son pays, tout comme son patronyme peut évoquer le kaléidoscope originel.
Il fut exposé très tôt à la diversité culturelle du port maritime de la ville : la musique traditionnelle africaine, les chants Malay du Cap, le carnaval, les succès populaires et les enregistrements de jazz américain sont une part importante de son expérience d'enfant.
Au début des années 1960, Dollar Brand forme un groupe (The Jazz Epistles) avec entre autres, Hugh Masekela. Ensuite, avec Sathima (Bea Benjamin), sa femme, il part en Europe, et à Zurich le destin musical de Brand prend forme : Duke Ellington remarque le pianiste et la chanteuse lors d'un concert et décide de la présenter à Reprise Records. En 1965, il leur permet de jouer au Newport Festival au sein du Ellington Orchestra. Puis Abdullah joue entre autres en solo au Carnegie Hall et Ellington lui permet d'être réellement célèbre lorsqu'il l'inclut dans son orchestre pour une série de concerts au piano. Par la suite, il fera une grande carrière, jouant et enregistrant avec Elvin Jones, Max Roach, Don Cherry, ou Archie Shepp.
La musique d'Abdullah Ibrahim est intimement liée à la lutte pour la défense des peuples sud-africains contre l'apartheid, à l'histoire de la musique noire. Elle peut prendre trois différentes formes.
La première, une musique « sociale » innocemment euphorique issue de son enfance passée dans le pays ; une autre, intense, basée sur le piano et le blues, liée harmoniquement à Duke Ellington et à Thelonious Monk dans sa texture, qui ressort de ses années passées à New York et une dernière forme représentant un retour aux traditions africaines indigènes, tant rurales qu'urbaines.
Ces trois aspects de son oeuvre s'interpénètrent souvent et il atteint la grâce lorsqu'il parvient à faire s'entremêler ces différentes couleurs musicales. Jazz Magazine, N° 580, avril 2007


Erik Satie
Né en 1866 à Honfleur, mort à Paris en 1925.
Fils de Jane Leslie Anton d’origine écossaise et d' Alfred Satie courtier maritime normand, élevé dans la religion anglicane, Erik Satie a passé sa jeunesse entre la Normandie et Paris. En 1870, la famille Satie quitte Honfleur pour Paris où le père a obtenu un poste de traducteur. À la mort de sa mère en 1872, avec son plus jeune frère Conrad, il est renvoyé à Honfleur vivre chez ses grands-parents paternels. Il prend ses premières leçons de musique d’un organiste local. À la mort de leur grand-mère en 1878, Erik et Conrad retournent chez leur père à Paris. Ce dernier s’est remarié avec une jeune femme, professeur de piano qui enseigne à Erik les bases de l’instrument. Il embrasse le catholicisme puis il entre au Conservatoire de musique en 1879. Jugé sans talent par ses professeurs, il est renvoyé après deux ans et demi de cours avant d’être réadmis, fin 1885. Incapable de produire une meilleure impression sur ses professeurs, il décide de s’engager dans un régiment d’infanterie.
Après quelques semaines, réalisant que l’armée n’est pas pour lui, il se fait réformer en s’exposant volontairement au froid et en attrapant une congestion pulmonaire. En 1887, il s’installe à Montmartre. À cette époque commence une longue amitié avec plusieurs poètes, comme Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine ou le poète romantique Patrice Contamine. Il fait éditer ses premières compositions par son père.
En 1890, il déménage au 6, rue Cortot, toujours à Montmartre et fréquente le cabaret le Chat noir où il fait la connaissance de Claude Debussy. En 1891, les deux amis s’engagent dans l’« Ordre kabbalistique de la Rose-Croix » fondé par le « sâr » Joséphin Péladan et Stanislas de Guaita. En qualité de maître de chapelle de cet ordre, il compose plusieurs œuvres dont les Sonneries de la Rose-Croix et Le Fils des Étoiles. Poursuivant son engouement mystique, il crée sa propre église : l’« Église métropolitaine d’art de Jésus-Conducteur » et lance des anathèmes contre les « malfaiteurs spéculant sur la corruption humaine ». Il est à la fois le trésorier, le grand-prêtre, mais surtout le seul fidèle autorisé. Contraint à cette réalité, il doit finalement l’abandonner.
En 1892, il réalise ses premières compositions et, en 1893, entame une relation avec la peintre Suzanne Valadon. Bien qu’il l’ait demandée en mariage après leur première nuit, le mariage ne se fait pas, mais Valadon s’installe rue Cortot dans une chambre près de Satie qui se passionne bientôt pour elle, l’appelant sa « Biqui », rédigeant des notes passionnées sur « tout son être, ses beaux yeux, ses mains douces et ses pieds minuscules ». Il compose pour elle ses Danses Gothiques tandis qu’elle fait son portrait. Six mois plus tard, le 20 juin, leur rupture laissera Satie le cœur brisé, « avec une solitude glaciale remplissant la tête de vide et le cœur de tristesse ». On ne lui connaît pas d’autre relation intime.
Comme pour se punir lui-même, Satie compose Vexations, un thème construit à partir d'une mélodie courte, qu'il faut répéter 840 fois, selon ses notes. Des compositeurs comme John Cage jouent la pièce dans son intégralité durant presque 20 heures.
La même année, il fait la connaissance de Maurice Ravel.
Plus tard il écrira de Ravel : « Ravel vient de refuser la Légion d'honneur, mais toute sa musique l'accepte ».
En 1895, il hérite d’une certaine somme d’argent qui lui permet de faire imprimer plus d’écrits ainsi que de changer de vêtements, abandonnant le style ecclésiastique pour le velours. Il achète un costume unique en sept exemplaires, couleur moutarde, qu'il portera constamment. Il est connu à Paris comme étant le « Velvet Gentleman ». En 1896, tous ses moyens financiers ayant fondu, il doit s’installer dans un logement moins coûteux, d’abord dans une chambre minuscule rue Cortot puis, deux ans plus tard, en 1897, à Arcueil.
Il rétablit le contact avec son frère Conrad et abandonne des idées religieuses auxquelles il ne retournera pas avant les derniers mois de sa vie. Il surprend ses amis en s’inscrivant, en octobre 1905, à la Schola Cantorum de Vincent d’Indy pour y étudier le contrepoint classique avec Albert Roussel. C’est également à cette époque qu’il devient socialiste, collabore au Patronage laïc de la communauté d’Arcueil et change à nouveau d’apparence pour celui du « fonctionnaire bourgeois » avec chapeau melon et parapluie.
En 1915, il fait la connaissance de Jean Cocteau avec qui il commencera à travailler à partir de 1916. Tous deux seront les pères spirituels du Groupe des Six, créé en 1920, composé de Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre. Il fait également la connaissance, par l’intermédiaire de Picasso, d’autres cubistes, comme Georges Braque, avec qui il travaillera également sur des projets qui ne verront pas le jour. En 1919, il est en contact avec Tristan Tzara qui lui fait connaître d’autres dadaïstes comme Francis Picabia, André Derain, Marcel Duchamp, Man Ray avec lequel ils fabriqueront son premier ready-made à leur première rencontre. Dans les premiers mois de 1922, il prend le parti de Tzara dans le différend entre Tzara et André Breton au sujet de la nature vraie de l’art d’avant-garde, tout en parvenant à maintenir des relations amicales dans les deux camps.
En 1923, il est l'inspirateur de l'Ecole d'Arcueil, groupe informel composé de Henri Cliquet-Pleyel, Roger Désomière, Maxime Jacob et Henri Sauguet.
Il a écrit de nombreuses partitions sans barre de mesure et avait son propre style d’annotations sur la manière d’interpréter ses œuvres.
Il inspira entre autres John Cage, Claude Debussy, Francis Poulenc, Maurice Ravel, Jean Cocteau, et fut pianiste accompagnateur notamment du chansonnier Vincent Hyspa au cabaret Le Chat noir.
Extrait de Wikipedia.